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Réflexion

A l’occasion des 500 ans de la Réforme (1517-2017) : les deux colloques de Paris et Strasbourg

Résumé du colloque de Strasbourg (mai 2017) : L’apport de la Réforme à une théologie des arts.

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L. Cranach, Jésus bénit les nourrissons (détail), 1537
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Marie-Odile Lafosse-Marin, Maitre et serviteur, sculpture

1. Les deux œuvres d’art qui constituent l’affiche du colloque de Strasbourg représentent déjà en elles-mêmes un résumé de la problématique (prévoir de montrer les deux œuvres) :
-  Un tableau de Cranach du 16e siècle et une œuvre contemporaine du 21e siècle : un tableau narratif et biblique, et une œuvre qui relève plus du « signe », du symbole, et qui met en figure le vide et l’absence comme trace d’une présence autre. La première est représentative d’une esthétique luthérienne, la seconde d’une esthétique calviniste (ou reformée).

2. Les points suivants ont été soulignés, dans un parcours qui précède la Réforme dans l’ère germanique, en particulier le long du Rhin :
-  La Réforme signifie un retour aux textes bibliques, Ancien Testament compris. L’Ancien Testament (AT), valorise le « voir Dieu » : dans l’AT, comme dans la Bible toute entière, le visible est valorisé comme faisant partie de la dimension humaine, revendiquée par Dieu également pour se révéler. Le « voir » dans la Bible ne se traduit toutefois pas par une esthétique, mais par un comportement éthique.
-  La mystique rhénane (maitre Eckhart, Jean Tauler, Henri Suso, Hildegarde de Bingen) a joué un rôle important dans l’introduction des idées de la Réforme et du piétisme, lequel a beaucoup influencé l’art du romantisme allemand (K.D. Friedrich). D’une part, à cause de sa valorisation des sentiments (l’image se substitue du concept). D’autre part en favorisant une sorte « d’union mystique » entre Dieu et le croyant. Enfin, en étant attentif aux images intérieures du croyant. Il s’agit de « traverser les images pour aller au-delà des images ». Jean Tauler dit, à propos du mystique, : « Il ne vit rien, il vit Dieu ».
-  La ville de Strasbourg fut l’une des villes les plus importantes de la Réforme. Elle se situait aux confluences des influences allemande (Luther), suisse (les réformateurs de Bâle, Berne et Zurich) et française (Calvin a résidé 3 ans à Strasbourg). Le réformateur de Strasbourg fut Martin Bucer, ancien dominicain et humaniste, aux idées particulièrement ouvertes.

3. La Réforme et les arts. Trois perspectives ont été soulignées :

a) Strasbourg fut une ville très importante en ce qui concerne le développement de l’imprimerie. De nombreux imprimeurs ont multiplié non seulement les textes (Bibles, traités théologiques), mais aussi des images, en particulier en ce qui concerne les pamphlets anti-romains, parfois très virulents. L’image gravée et imprimée sur bois a joué un rôle important, et elle était l’œuvre d’artistes importants (Baldung Grien, Vogtherr).
b) Le luthéranisme n’a pas condamné les arts visuels mais les a utilisés au service de la pédagogie et de la catéchèse. Il n’en est pas allé de même pour la réforme suisse et française (Calvin), beaucoup plus stricte sur la question des images. Mais Calvin, « théologien mystique », a été le premier à développer une esthétique théologique : pour lui, on peut contempler des traces de la présence de Dieu dans les œuvres de la création ; d’autre part l’invisibilité de Dieu est quand même visible pour celui qui possède « les yeux de la foi ». De fait, le calvinisme a donné lieu, paradoxalement, à une tradition artistique très riche (Rembrandt, Van Gogh, Mondrian, Le Corbusier).
c) Enfin – mais cela est plus connu – le protestantisme a donné lieu à une riche tradition musicale aussi bien dans le luthéranisme (les chorales et cantates) que dans le calvinisme (les Psaumes de Genève).

4. Après la Réforme. Là encore, trois pistes ont été explorées.

a) L’art baroque, très marqué par le Concile de Trente, qui était en quelque sorte une réponse aux protestants. Cet art a mis en avant ce que la Réforme a refusé. Toutefois, l’esthétique baroque ne se réduit pas à cela. Elle possède un langage propre, qui valorise le corps et la sensualité, la mise en scène, la théâtralité.
b) Dans l’ère anglophone (UK et Amérique du Nord), l’esthétique calviniste n’est traduite, à la suite des puritains, par une valorisation de l’espace vide (mais ce vide n’est qu’apparent), de la nature, de la littérature et de la poésie.
c) Enfin, il ne faut pas oublier la spécificité d’une esthétique anglicane, typique d’une via media entre protestantisme et catholicisme, oscillant tantôt vers le premier, tantôt vers le second. En Angleterre, la personnalité artistique atypique de William Blake au 19e siècle, a joué un rôle important, dans l’élaboration d’une esthétique moderne et spirituelle, émancipée du dogme et de l’Eglise, et dont on peut trouver des traces dans l’art video de Bill Viola.

Jérôme Cottin,