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Bibliothèque (1990-2016)

Ambroise Monod : Le Récup’Art

avant-propos de Jacques Villegré

Ambroise MONOD

Ambroise Monod est un artiste autodidacte (mais il est aussi pasteur et théologien protestant) qui a "inventé" en 1969, en pleine effervescence révolutionnaire soixante-huitarde, le concept de Récup’Art (Manifeste du Récup’Art en 1969, et dépôt de la marque à l’INPI en 1976).

Le principe est simple (mais il fallait y penser) et surtout, il a été, depuis cette époque, copié par de nombreux imitateurs : il s’agit de récupérer tout objet devenu inutile, tout déchet, et de le transformer, par la magie du geste artistique, en une création qui fait appel principalement à la découpe et à la soudure.

La boite de conserve, le vieux clou, le bouchon de bouteille, la canette de bière, deviennent œuvre d’art originale. Ainsi des plaques de métal deviennent des corps d’oiseaux ou de poissons, des pinceaux et des ciseaux des têtes d’animaux, parfois réels, d’autre fois fantastiques. Les nouveaux objets fabriqués par Ambroise Monod sont soit de grande dimension, et peuvent être exposés - souvent de manière durable - à l’extérieur, soit il s’agit de petits ou de minuscules objets d’intérieur.

"Retrouver dans la décharge le chaos originel"
"Pactiser avec l’énergie du feu"
"Révéler le tout dans le débris, la forme dans l’amas"
"Avec rien faire tout, j’ai toujours pensé que la formule était divine"

Tels sont quelques unes de phrases favorites de l’auteur-créateur.

Contrairement à de nombreuses productions ou conceptions post-mai 68, qui sont maintenant datées, voire font sourire par leur naïveté révolutionnaire, ce concept n’a pas vieilli d’un plis. Mieux, il a retrouvé une nouvelle jeunesse depuis que notre société s’intéresse à l’écologie, se soucie du recyclage de nos déchets, et se met à prendre conscience de la valeur de tout ce que nous jetons. Peut-être même Récup’Art était-il prophétique en ce qu’il annonçait et préparait ce changement à venir.

On pourrait penser que n’importe qui peut faire du Récup’Art. C’est d’ailleurs une des idées chères à Ambroise Monod, qui milite pour une conception très démocratique de l’art : il y a un artiste qui sommeille en chacun de nous, et qui ne demande qu’à être réveillé. D’où l’engagement militant d’Ambroise Monod, qui anime des ateliers de création, souvent dans l’espace public.
Il faut toutefois rajouter que notre créateur a un sens particulier pour l’insolite, la création originale à partir de l’objet banal. Ce n’est pas donné à tout le monde. Le résultat paraît évident, s’impose par sa force créatrice, mais il s’agit d’une simplicité trompeuse, qui est le résultat d’une longue pratique et d’une intense méditation sur les objets, les choses et le monde.

On saluera la qualité de la publication, faite avec beaucoup de soin par les éditions EREME, et qui met en valeur l’objet artistique par le nombre et la qualité des clichés photographiques. Plusieurs photos montrent l’artiste dans son espace de vie et de travail : une vraie caverne d’Ali Baba.

Et Dieu dans tout ça ? (comme disait Jacques Chancel sur RTL). Explicitement il n’est pas présent, mais implicitement il est partout, à la fois dans ce regard de bonté porté sur le monde, dans la mise en valeur de la création, et dans le geste humain qui (pour une fois) ne détruit pas mais construit.

Jérôme COTTIN