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Réflexion

L’iconographie du Proche orient antique et la Bible hébraïque - "Textes et images" (J-G Heintz, déc. 2020)

Jean-Georges Heintz

Archéologie biblique
L’a., exégète et archéologue, spécialiste reconnu de l’Orient Ancien, Professeur émérite à l’Université de Strasbourg, montre que la prise en compte de l’iconographie de l’Orient ancien est indispensable pour une bonne compréhension des textes de la Bible hébraïque

Archéologie biblique :

L’iconographie du Proche-Orient antique et la Bible hébraïque - "Texte et Image" -

La notion d’Alliance biblique à la lumière de l’iconographie de l’Orient ancien

Les Bibles illustrées sont bien connues dans le monde protestant depuis la Réforme, mais elles se limitent essentiellement à un rôle illustratif. La Bible, ce "grand code de l’Art" (William Blake), a été l’une des principales sources d’inspiration des artistes (avec l’Antiquité classique), mais ces œuvres - quelle qu’en soit la qualité - en sont un reflet "en aval", sous son influence directe.

Mais bien avant cela, "en amont" et comme résultat des recherches archéologiques des deux derniers siècles, la très riche iconographie de la Mésopotamie et de la Syrie anciennes, tout comme celle de l’Égypte et - bien plus modestement - de la Palestine, nous fournit de nombreux parallèles au langage figuré et métaphorique de l’Ancien Testament, surtout celui des livres prophétiques et des Psaumes. En effet, ce langage figuré n’est plus à considérer ici comme un simple ornement stylistique (ce qu’on appelle parfois "la langue de Canaan"), mais comme une véritable clé d’interprétation du texte sacré.

Ce constat une fois établi, la recherche exégétique moderne doit en tirer les conséquences : comment faire pour replacer le texte biblique dans son milieu culturel et artistique si riche et en tirer des indices pour une meilleure compréhension du sens ?

Sur le plan de la méthode - le thème à étudier une fois bien défini -, l’enquête devra être menée à un triple niveau - un peu comme "la corde à trois fils qui ne se rompt pas facilement" (Ecclésiaste, 4, 12) :

- a) les corpus des textes orientaux antiques, qu’ils soient littéraires ou mythologiques, mais également royaux ou funéraires, devront être interrogés de manière systématique ;
- b) puis la riche documentation figurée sera analysée sous le même angle, qu’il s’agisse d’œuvres monumentales (statues, bas-reliefs, etc.) ou d’objets minuscules (sceaux, bulles, etc.) ;
- c) enfin, c’est le texte de la Bible elle-même qui sera relu à la lumière de ce double-terreau, qui lui est antérieur ou contemporain, afin d’en mieux comprendre l’enracinement culturel et historique - tout en respectant toute sa spécificité spirituelle et éthique.
Notons que celle-ci s’illustre particulièrement bien dans le langage figuré des métaphores prophétiques et hymniques, annonciatrices des paraboles évangéliques.

Pour l’analyse iconographique (niveau b), la plus novatrice, l’enjeu principal consiste à bien appréhender cette représentation visuelle comme une véritable "Denkform" (au sens de Max Weber), c-à-d. à la fois une forme de pensée structurante de la société antique (ici sémitique) et une pensée de la forme, matérialisée et diffusée par l’image, support à la fois de la parole rituelle et du texte transmis.

On s’aperçoit ainsi - et c’est une véritable leçon d’humilité pour l’exégète - que cette plongée dans le monde ambiant de la Bible nous incite à bien plus de respect face au texte hébreu, dit massorétique, de la Bible (™), que l’on peut (devrait) lire ainsi sans corrections inutiles et sans datations systématiquement tardives ! En effet, le milieu historique et culturel ambiant s’avère ici - une certaine cécité iconique une fois vaincue - bien plus instructif que nos hypothèses (post-)modernes, aussi brillantes soient-elles !

C’est ce que tente d’illustrer cette petite étude sur : "Nouvelles recherches sur l’Alliance dans le monde de la Bible", allant des monuments mésopotamiens les plus anciens à la Chapelle Sixtine peinte par Michel-Ange et à la pensée anthropologique d’un Martin Buber. Bonne lecture !

J.-G. Heintz (décembre 2020)