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Bibliothèque (1990-2017)

2000 ans d’art chrétien

Auteur : Emile BERTHOUD

Cette vaste histoire de l’art chrétien, écrite par un prêtre du diocèse d’Annecy, est clairement confessante. Mais après tout pourquoi pas, puisqu’il y a de multiples approches non religieuses de l’art chrétien. Cet ouvrage correspondait à une attente et à un besoin, ceux de proposer un vaste panorama de l’art chrétien qui ne se limite pas à l’époque paléo-chrétienne ni à l’époque médiévale, âge d’or de l’art chrétien. Si l’on en croit le succès d’édition de l’ouvrage, les attentes ont été comblées.

Mon avis sur cette publication est très partagé. D’une part, je loue l’effort de synthèse exceptionnel de l’a. qui l’a fait embrasser l’art chrétien sur deux millénaires dans toute l’Europe occidentale (avec en plus quatre chapitres sur l’art byzantin), et en prenant en compte tous les supports artistiques (peintures, scultpures, mosaïques, enluminures, fresques, architectures, objets liturgiques etc...). Quelques chapitres sont en outre consacrés à des questions techniques comme le chap. 10 "Quelques problèmes généraux d’esthétique en architecture", le chap. 13 "Quelques notions de technique et d’architectures romanes", ou le chap. 24 "L’art du vitrail". Il s’agit donc d’un projet colossal, somme de toute une vie de travail, dont on ne peut qu’admirer le résultat. Ajoutons que le tout est écrit de manière pédagogique, sans notes et références inutiles, ce qui contribue à rendre l’ouvrage - donc le thème - accessible au plus grand nombre.

Mais par ailleurs l’ouvrage souffre de plusieurs carences fondamentales. Premièrement, il présente l’art chrétien d’un point de vue exclusivement catholique. La rupture de la Réforme est totalement passée sous silence, et l’on passe directement de "La fin de la grande Renaissance" (pp. 369-382) à "La Contre-Réforme dans l’art" (pp. 383-388), l’a. n’ayant pas jugé nécessaire de consacrer un chapitre, ni même un sous-chapitre à ce qui fut l’événement religieux, politique et même artistique majeur du 16e siècle. Les quelques lignes écrites à ce sujet, ainsi que le portrait de Luther p. 370 ne sauraient suffire à combler cette grave lacune. Tout converge vers une approche catholique et même romaine du fait artistique, comme le montre le dernier chapitre qui aborde l’architecture religieuse au XXe siècle sous l’angle exclusif, et fortement réducteur, des "Commissions d’art sacré".

Deuxièmement, l’aspect contemporain est très sommairement traité, pour ne pas dire bâclé. Point de mention de mouvements artistiques contemporains, contestataires et périphériques par rapport à l’Eglise, mais pétris de reférences bibliques, comme par exemple l’expressionnisme allemand. Ce qui est dit du XXe siècle concerne en outre exclusivement la France, comme si nous étions les seuls à nous intéresser (de manière très périphérique d’ailleurs), à un art chrétien contemporain. Incontestablement, le point fort de l’ouvrage reste les périodes pré-romane et romane. Le reste serait à revoir et à compléter.

Enfin, on regrettera l’absence complète de toute référence bibliographique. Certes on comprend le souci très actuel de l’a. et de l’éditeur de livrer un matériel accessible à tous, sans appareil scientifique surchargé. Mais faut-il pour autant supprimer toute référence à d’autres chercheurs, comme si l’auteur était seul, travaillant dans un désert historique et artistique ? Le lecteur pourra alors avoir la légitime et désagréable impression que l’on cherche à lui livrer ici des vérités artistiques et religieuses liées au dogme, plus qu’on ne cherche à éveiller sa sensibilité esthétique et son questionnement religieux.

Ouvrage à lire donc, parce qu’il est vrai qu’il n’a pas d’équivalent, mais à lire de manière critique.