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Bibliothèque (1990-2017)

Image et culte

Une histoire de l’art avant l’époque de l’art

Auteur : Hans BELTING

L’auteur présente sa magistrale recherche sur l’image médiévale parue dès 1990 en allemand, et qui est depuis devenue une référence internationale. "Dans ce qui suit, écrit-il, le terme d’image concernera essentiellement le portrait d’une personne, l’imago, qui était elle-même traitée comme une personne"(p.5) - et vénérée en tant que telle. Or cet acte tout cultuel conditionne non seulement la fonction des images en question (à ne pas confondre avec les historiae qui sont des images narratives), mais aussi leur élaboration, et par conséquent leur interprétation. C’est toute la problématique des images religieuses ou cultuelles, presque toujours faussée par le statut d’objet d’art (ou de "bel objet") que lui a conféré l’époque moderne, le romantisme et toute l’histoire de l’art contemporain. L’a. entend ressaisir la problématique de ces "imagines" telle qu’elle se présentait "avant l’époque de l’art". Cela ne le dissuade pas de relever au passage l’incontestable beauté de certaines images religieuses du Moyen Age en Orient comme en Occident. Mais son apport majeur consiste à faire saisir comment et pourquoi les images cultuelles de l’époque antérieure à celle "de l’art" ne peuvent ni ne doivent être comprises indépendamment de cette fonction cultuelle.

Belting double l’examen approfondi des images qu’il passe en revue (11 illustrations en couleurs et 294 en noir et blanc) de références constantes aux textes et aux usages civils et ecclésiastiques. Une part importante de son apport consiste à situer la fonction des images sacrées en contexte chrétien dans le prolongement immédiat des images religieuses ou impériales dans le monde antique, ce qui lui permet d’écrire, par exemple, que "la doctrine des icônes est une version chrétienne des théories païennes de l’image" (p. 193). Mais il se garde bien de reprendre la théorie selon laquelle les théologiens chrétiens auraient christianisé l’usage grec et romain des images "comme si les chrétiens avaient eu une relation claire vis-à-vis des images cultuelles de leurs ancêtres païens" (p. 194). Ils se sont plutôt trouvés devant un état de fait. Le problème est complexe, à plusieurs entrées. La réussite de Belting est de le prendre de manière très détaillée, mais sans jamais perdre de vue sa perspective d’ensemble qui, loin de s’en tenir à la seule tradition orientale de l’image (l’icône), vise à faire mieux comprendre ce qui s’est passé dans la chrétienté occidentale jusqu’aux grandes ruptures de la Réforme et du concile de Trente. Les deux premiers chapitres sur L’ère de l’image privée à la fin du Moyen Age et sur La crise de l’image au début des Temps modernes témoignent d’une étonnante maîtrise du sujet. Ils ont un caractère plus synthétique qu’analytique. L’examen de ce qui s’est passé auparavant, tant en Orient qu’en Occident (surtout en Italie et à Venise qui occupe une place charnière), donne lieu en revanche à des considérations parfois très développées. L’examen des attitudes envers les images à Byzance avant, pendant et après la crise iconoclaste prend à cet égard une importance déterminante - plus importante que les historiens du christianisme occidental ne sont trop souvent portés à l’admettre.

Belting met en évidence une composante de l’histoire chrétienne qui ne retient jamais suffisamment l’attention des théologiens, parce qu’ils ne disposent généralement pas des éléments d’information et de réflexion qui leur permettrait d’en tenir compte. Outre les illustrations choisies ( par ex. en fin de parcours, le choix de la Madonne Sixtine de Raphaël), l’ouvrage comprend 90 pages d’annexes, essentiellement faites de textes contemporains des différentes images commentées