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Bibliothèque (1990-2017)

Liturgia ed estetica

Instituto di Liturgia Pastorale. Abbazia di S. Giustina, Padova

Auteurs : 8 auteurs, sous la direction de : Aldo Natale TERRIN

Cette contribution collective (9 auteurs) sur le thème : Liturgie et esthétique, est structuré en trois parties, comme il se doit. Les a. sont essentiellement des philosophes, théologiens et liturges, enseignant dans des facultés catholiques de théologie, de philosophie et instituts de liturgie de l’Italie septentrionale. L’orientation générale de ces recherches va dans le sens d’une réévaluation du corps, du sensible, des émotions et des affects, pour contrebalancer non seulement une pensée mais aussi une liturgie trop exclusivement centrées sur le discours, le raisonnement, la démonstration. La théologie et liturgie réformées devraient se sentir questionnées par ces recherches visant un rééquilibrage entre la clarté explicative de la pensée et la force émotive du rite.

La première partie aborde l’esthétique d’un point de vue de la philosophie. Elle tente de sortir du lien traditionnel entre métaphysique et esthétique, et explore des pensées esthétiques de philosophes plus contemporains, comme Heidegger (mais avec lui on est toujours dans l’ontologie) et quelques phénoménologues. Un auteur (S. Zecchi) toutefois "résiste", et défend la légitimité d’une ontologie esthétique, à partir d’une lecture de Balthazar : l’"objet" esthétique s’impose devant le sujet, dans sa vérité et sa beauté.

La seconde partie aborde l’esthétique dans ses relations avec la théologie, et plus particulièrement la liturgie et la ritualité. Un article très approfondi se détache des autres articles (touffus, et pour celui de S. Ubbiali, fort confus) de cette seconde partie : celui de Aldo Natale Terrin (l’éditeur de l’ouvrage), sur les relations entre post-modernité, ritualité et esthétique. Titre de l’article : "L’actualité ’esthétique’ et ’esthétisante’ du rite dans le monde post-moderne. C’est un article long (50 p.), dense, clair et documenté, qui justifie à lui seul la publication de ce livre.

La thèse de Terrin est la suivante : il y a de profonde analogies entre la post-modernité et l’esthétique. Mais on peut aussi les mettre en relation avec la ritualité, qui comprend aussi un côté post-moderne et un côté esthétique. L’un des concepts qui permet cette relation est celui de performance (utilisé sans dans le sens de "acte de langage performateur", ou "action qui parle"), qui qualifie aussi bien l’action liturgique (l’urgie) qu’un concept esthétique très courant dans la création contemporaine. Dans cet article, l’a. nous fait part de l’avancée de la recherche - italienne et anglo-saxonne - sur les questions de ritualités, en même temps qu’il explore de manière précise et limitée la notion de "post-modernité", à partir de la pensée de Lyotard, Habermas, Bourdieu, Goodman, Baudrillard. Sur la ritualité, les anglo-saxons (Bell, Bloch, McCauley, Clarck, Vial, Damasio etc...) sont incontournables, car ils ont travaillé à la fois sur la pragmatique du langage, l’anthropologie et la ritualité religieuse, avec tous les croisements possibles entre ces trois domaines. Parmi les idées à retenir : - le rite a les capacités d’atteindre l’inconscient émotif qui précède toute réflexion. Il peut donc toucher l’humain de manière plus profonde et effective que ne le fait le langage ; - Le rite comprend en lui-même un moment esthétique - lui aussi largement inconscient - et qu’il faut bien distinguer de "l’esthétisation", qui est un simple travail sur la forme. - Les rites ne sont pas bon "en soi", tout dépend de ce qu’en fait l’instance qui les encadre et les légitime. Ils peuvent basculer "à droite" ou "à gauche" : ils peuvent être libérateurs, mais aussi conservateurs ; - le rite agit, et sans doute aussi guérit, par le fait qu’il duplique fictivement (le "comme si"), mais aussi esthétiquement et affectivement le réel ; - le rite unifie le corps humain, en mettant en relation le corps et l’esprit ; - il reconstruit une réalité fictive, vraie précisément parce qu’elle est fictive. Le rite peut donc être compris comme une "métaphore globale".

La troisième partie laisse la parole à des artistes. On est ici victime du média - le livre écrit - mais il faut prendre ces témoignages comme la trace d’une expression plus complète, qui dépasse de beaucoup la forme de l’écrit. On notera l’article du célèbre architecte suisse italien Mario Botta, auteur de la cathédrale d’Evry, mais aussi d’étonnants espaces cultuels dans les alpes suisse et italienne.

Jérôme Cottin