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Bibliothèque (1990-2016)

Audincourt, le sacre de la couleur.

Fernand Léger, Jean Bazaine, Maurice Novarina, Jean Le Moal au Sacré-Cœur,

Auteurs : Yves BOUVIER & Christophe COUSIN

Les mêmes auteurs avaient publié en 2005, dans la même collection, un ouvrage similaire (traduit en trois langues) sur la chapelle de Ronchamp du Corbusier (ETR 82, 2007/3). Ce qui fit le succès du premier livre se répète ici : une mise en page soignée, de très nombreuses reproduction en couleurs, certaines en quadruple page, une écriture pédagogique, une mise en avant de la complémentarité entre les styles artistiques, les formes et les matériaux utilisés, à propos d’un même lieu ecclésial.

Les auteurs attirent l’attention sur les quelques (rares) merveilles architecturales et plastiques d’un art contemporain (20e siècle) au service de la liturgie et du culte chrétien. Il y a donc tout lieu de penser qu’après Ronchamp et Audincourt, les auteurs nous proposeront un ouvrage similaire sur Assy. La trilogie serait ainsi complète.

Le succès d’Audincourt, ce sont essentiellement les vitraux et la tapisserie de Fernand Léger dans le chœur, la mosaïque de Jean Bazaine sur la façade, et les vitraux du même Bazaine (en remplacement de Miro, qui n’a pas donné suite) pour le baptistère : un ensemble exceptionnel d’un art non figuratif (Bazaine) ou lié au signe (Léger) au service de la liturgie et du culte. Une collaboration de qualité entre des artistes non croyants et un dominicain, le père A-M. Couturier. Les auteurs ont bien montré le contexte de création de ces œuvres, la commande, les esquisses préparatoires, la facture et la réalisation finale. La réflexion la plus élaborée est celle de Bazaine, qui a par ailleurs écrit sur la question de l’abstraction (ses concepts de "contraction du réel", et de "peinture incarnée", sont à la fois esthétiquement fort et théologiquement signifiants). Evidemment - mais les auteurs n’y peuvent rien - l’architecte, Maurice Novarina, n’a pas le génie du Corbusier : la comparaison est éclairante, et on s’étonne que les auteurs aient mis à ce point en valeur une architecture finalement assez médiocre (en montrant, en particulier, d’autres églises, dues à Novarina).

Le commentaire théologique, bien que parfois approximatif (erreurs et approximations bibliques p. 92), est plus développé que dans le précédent ouvrage. Plusieurs textes bibliques sont cités, mais on aurait souvent aimé avoir les références exactes (en part. celle, fondamentale, du Siracide). Autre point fort à souligner : des sortes de fiches techniques expliquant le travail de la matière artistique : tapisserie, vitrail et mosaïque (pp. 110-119).

Mais l’ouvrage comporte aussi des faiblesses : il manque d’unité, et veut dire trop de choses, trop différentes : le joyau même d’Audincourt - Léger et Bazaine - se trouve noyé dans de multiples informations dont on se demande ce qu’elles viennent faire ici : Pourquoi avoir remis des pages sur Ronchamp et le Corbusier ? Pourquoi ces autres églises du Doubs et du Jura, relativement quelconques ? Pourquoi des pages sur l’historique de la construction et les décors intérieurs séparés de la présentation iconographique (141-146) ? Pourquoi les églises de Haute-Savoie de Novarina ? Plus de sobriété aurait permis de se concentrer sur l’essentiel : la collaboration de deux grands artistes du 20e siècle, à une modeste église d’un village ouvrier du Doubs.

Jérôme COTTIN