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Bibliothèque (1990-2017)

Patrimoine sacré XXe-XXIe siècle

Les lieux de culte en France depuis 1905

Paul-Louis RINUY (textes), Pascal Lemaïtre (photographies)

Voilà un ouvrage remarquable, qui présente, par un texte sobre et érudit et par de somptueuses photographies 59 lieux de culte, depuis la séparation des Eglises et de l’Etat (qui eut comme conséquence que les communautés religieuses durent alors financer et entretenir elles-mêmes leurs bâtiments) et aujourd’hui. Vu la sociologie religieuse française, les églises catholiques se taillent la part du lion dans cet inventaire, mais les autres confessions ou religions ne sont pas oubliées : protestantisme (6, dont 1 œcuménique) ,orthodoxie (3), judaïsme (5), islam (5), bouddhisme (2), un lieu interreligieux, et même un lieu de méditation "humaniste" (espace de méditation, Unesco, Paris 7e).

Paul-Louis Rinuy, professeur d’art contemporain à l’université Paris 8, et spécialiste d’ "art sacré" a su sélectionner, puis mettre en valeur les projets architecturaux les plus originaux et les plus représentatifs d’une tendance esthétique et architecturale d’une époque.

L’ouvrage est divisé en 3 grandes sections : 1905-1940 : Modernité, antimodernité : Cette période oscille entre des tendances encore "19e siècle", marquées par le "néo" (roman, gothique, byzantin), et des architectures modernistes, qui utilisent les nouveaux matériaux, le fer (église Notre-Dame du travail à Paris 14e), et surtout le béton. 1940-1980 : Reconstruction, expérimentations : c’est ici le béton qui domine, souvent nu, qui se marrie parfaitement avec de larges espaces lumineux, constituées de verrières, souvent composées de vitraux enserrés dans une structure de béton. Les lignes droites et les rectangles dominent, les architectures sont spacieuses, avec des plans souvent rigides (rectangles), et de larges ouvertures vers l’extérieur (patios, parvis, clocher imposants). Depuis 1980 : Formes nouvelles dans la cité : à la fin du siècle dernier, de nouveaux paramètres apparaissent : les architectures religieuses sont de taille plus modestes, déchristianisation oblige (sauf pour les mosquées où c’est l’inverse), on découvre de nouvelles possibilités de matériaux et d’agencement ; le bois fait son retour, on privilégie les formes arrondies, ovales ou biomorphes, les préoccupations environnementales et écologiques apparaissent. Le bâtiment doit être intime, voire intimiste à l’intérieur, pour favoriser la méditation, la prière et la vie liturgique communautaire ; à l’extérieur il doit être à la fois un signal dans la ville, éveiller la curiosité et rompre avec le monotonie des quartiers trop souvent bâtis à la hâte. Typique de cette tendance est l’architecture la plus récente (2012-2014) présentée, la "maison d’église" Saint-Paul, Plaine Saint-Denis (93).

Les architectures protestantes retenues sont les suivantes : le temple « art nouveau » du Foyer de l’âme à Paris 11e (1905-7), les temples de Royan (1953-56), Nantes (1956-58), Lagny-sur-Marne (1995-1997), et plus récemment « Cap espérance » à Ermont, (2007-08), ainsi que la chapelle œcuménique (juridiquement temple réformé) de Flaine, du célèbre architecte Marcel Breuer (1972-72). Si le protestantisme français ne brille pas d’une créativité exceptionnelle en matière d’architecture (il cumule deux handicaps, sa faiblesse numérique, et son manque de possibilités financières pour des projets exceptionnels), il peut revendiquer quelques réalisations intéressantes (et encore, le protestantisme concordataire d’Alsace-Moselle n’est pas ici pris pris en compte : dans la périphérie de Strasbourg par exemple, il existe un certain nombre de temples intéressants, construits dans la période d’expansion urbaine des années 1960-1980).

Les églises catholiques remarquables du XXe sont bien mises en valeur : la première église en béton d’Auguste Perret au Raincy (1922-23), la chapelle de Vence décorée par Matisse (1948-51), l’église du plateau d’Assy (1938-50), œuvre d’Alain-Marie Couturier qui comprend des oeuvres d’art contemporains mondialement connues (Léger, Lurçat, Chagall, Richier), l’église d’Audincourt, avec des œuvres (vitraux) de Léger, Bazaine, Le Moal (1949-51), les églises du Corbusier (Ronchamp, 1953-55, et Firminy, 1970-2007) ; et pour la fin du XXe siècle, la cathédrale futuriste d’Evry de Mario Botta (1984-94), ainsi que Notre-Dame de l’arche d’alliance, église en forme d’arche d’alliance précisément, à Paris 15e (1995-1998).

Chaque bâtiment est brièvement commenté, chaque partie est commenté par un texte synthétique et érudit, l’ouvrage est introduit par quelques représentants des différentes confessions (dont le soussigné pour le protestantisme), et l’ouvrage se termine par un répertoire du patrimoine religieux du XXe siècle.

Jérôme COTTIN