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Bibliothèque (1990-2016)

Der Ikonoklasmus des Westens

Auteur : Helmut FELD

Le titre ne rend que partiellement compte du sujet présenté par l’a. L’ouvrage étudie certes l’iconoclame occidental (de l’Eglise ancienne et de l’époque carolingienne aux vandalismes de la Révolution française, en passant par le mouvement cistercien et la Réforme), mais il étudie également en contrepoint les grands mouvements iconophiles (la réforme franciscaine, le catholicisme tridentin). Par ailleurs l’a., ne voulant pas rester prisonnier des textes, présente et analyse également (mais sommairement) quelques artistes ou oeuvres qui s’inscrivent dans cette valse hésitation occidentale entre l’amour et le refus des images (Michel-Ange, Ligier Richier, Tintoret, le Greco, et plus généralement le maniérisme et le baroque). (On regrettera à ce propos l’absence de reproductions des oeuvres dont il est question).

Concernant la Réforme, l’a. propose un panorama relativement complet : à juste titre, il ne se contente pas d’étudier les seuls Luther, Zwingli et Calvin, mais aussi les personnages de second rang (Ludwig Hätzer, Karlstadt, mais oublie Léo Jud) dont l’iconoclame fut plus virulent que celui des réformateurs. Surtout, il accorde une large place aux disputes (Zurich 1523 ; Bade 1528 ; Bâle 1525-29 ; Genève-Rive 1535 ; Lausanne 1536 ; Ulm 1531), qui vulgarisèrent l’iconoclasme et servirent souvent de base - ou au contraire canalisèrent - les mouvement populaires de destruction d’oeuvres (le cas français, peu étudié, fait exception, Cf. l’ouvrage remarquable de O. Christin, Une révolution symbolique, ETR ). Il ne manque enfin pas de mentionner les critiques et les doutes de l’humanisne et de la Renaissance concernant l’image (médiévale), qui s’ajoutèrent (toutefois moins que ne le pense l’a.) aux critiques de la Réforme.

Globalement, l’ouvrage a les défauts de ses qualités : on sera heureux de posséder un panorama aussi large de l’iconoclasme, mais l’ampleur du champ étudié ne permet souvent pas à l’a. de dépasser le niveau des généralités. Il est en outre permis d’avoir des doutes sur la nécessité de traiter sous une même perspective l’iconoclase religieux du XVIe siècle et avant, l’iconoclasme politique de la Révolution française, l’iconoclasme théorique des débats théologiques, et l’iconoclasme pratique du vandalisme populaire. A tout vouloir regrouper, n’aboutit-on pas à un regard réducteur sur l’histoire ? Ensuite, on reprochera à l’a. son présupposé anthropologique qui est que l’attitude positive et négative envers les images est un fait naturel , et non pas culturel (pp. 1 et 285). Cela le conduit à ne pas assez mettre en avant l’arrière-fond politique, social et religieux d’un phénomène complexe, l’iconoclame, que l’a. ne définit pas. Enfin, l’a. identifie parfois implicitement iconoclame et sécularisation, iconophilie et sacralisation, ce qui traduit une forte conviction catholique romaine, qui irrite d’autant plus qu’il prétend par ailleurs à l’objectivité, tout en nous avertissant qu’il ne renonce pas à ses convictions (qu’il n’affirme toutefois pas d’emblée de manière claire, mais qui servent de fondement implicite à nombre de ses analyses ou de ses choix thématiques). A cause de ces erreurs et insuffisances d’analyse, l’ouvrage, à mon sens, ne fera pas date.