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Bibliothèque (1990-2017)

Crise de l’image religieuse / Krisen der religiöser Kunst

De Nicée II à Vatican II / Vom 2 Niceanum bis zum 2 Vatikanischen Konzil

Auteurs : Olivier CHRISTIN et Dario GAMBONI

Voilà un ouvrage de référence, fruit d’un colloque international organisé par les universités de Lyon II et Lyon III et la mission historique française en Allemagne, qui eut lieu à Göttingen en 1994. L’ouvrage a d’ailleurs eu droit à une importante recension dans le supplément littéraire du Monde. Bilingue, l’ouvrage ne l’est qu’en apparence, puisque les contributions des 13 auteurs (essentiellement des historiens et des historiens d’art) sont écrites soit en allemand soit en français (avec, pour chacune, un résumé dans l’autre langue) ; l’introduction et la conclusion sont toutefois écrites dans les deux langues.

L’objet de cette étude est d’étudier, du 8e au 20e siècle, le concept de crise, appliquée à l’image, et plus spécifiquement à l’image religieuse. Ces crises de l’image religieuse qui dépassent les seuls moments des crises iconoclastes sont non seulement historiques (rapport avec le pouvoir), mais aussi théologiques (rapport avec la transcendance) et esthétiques (rapport avec la représentation). Les auteurs ont donc „cherché à identifier la succession d’épreuves au cours desquelles s’est jouée la transformation du statut religieux des arts visuels” (p.9). L’ouvrage montre que, malgré des systèmes symboliques et des conceptions anthropologiques différentes selon les époques, la crise de l’image et de l’art religieux sont des notions inséparables l’une de l’autre et toujours actuelles.

La différence de traduction dans le titre entre le français et l’allemand („image religieuse”, en français, „art religieux” en allemand), traduit des divergences sémantiques, épistémologiques et méthodologiques. Particulièrement évidente est celle affirmée entre les thèses de deux éminents chercheurs : le professeur de Münich Hans Belting (qui n’écrit pourtant pas dans cet ouvrage) pour lequel l’image change de statut en changeant d’époque (d’objet de dévotion au Moyen Age, elle devient oeuvre d’art à la Renaissance) ; conception que réfute l’universitaire américain David Freedberg pour lequel il y a des lois générales de la cognition qui transcendent les singularités ethnographiques et historiques (p. 52). Les images saintes sont donc pour lui représentatives des images en général, les unes et les autres encourageant la fusion du signifié et du signifiant.

Impossible de rendre compte de toutes les contributions et des multiples débats soulevés. Je me contenterai de quelques observations sommaires. En analysant les « images dans les rêves », D. Freedberg propose une utile mise au point sémiologique de l’image bysantine et médiévale (pp. 33-53). Jean Wirth montre que la théorie thomiste, favorisant l’adoration des images fut déjà combattue au temps de la scolastique médiévale par Henri de Gand, Durand de Saint-Pourçain et Guillaume d’Ockham (pp. 93-111). Ernst Ullmann analyse le traité de 1522 „Von Abthuung der Bylder” de Karlstadt, disciple puis adversaire de Luther sur la question des images (pp. 111-121).

Trois contributions s’intéressent à la crise de l’image religieuse confrontée à la modernité (fin 19e siècle, milieu 20e siècle). Particulièrement stimulante est la thèse de l’historienne américaine résidente en Allemagne Julia Bernard : „Qu’y a-t-il dans une „crise” ? „Problèmes” parallèles dans les mouvements spirituels et les images religieuses de la fin du 19e siècle et France” (pp. 213-239), qui montre comment des thèmes religieux ont pu refléter - ou au contraire être employés pour „faire face” à - des tensions socio-politiques ou économiques contemporaines.

Deux contributions (Dario Gamboni et Etienne Fouilloux) font le point sur le renouveau de „l’art sacré „ dans l’Eglise catholique en France, et montrent que cet art était en fait moderniste, s’opposant à l’art religieux, officiel, académique d’une Eglise romaine qui n’a pas assez pris en compte l’évolution l’esthétique contemporaine. La virulente polémique autour du crucifix de Germaine Richier, dans l’Eglise du Plateau d’Assy (1950), bien détaillé ici (pp. 264-273) témoigne du fossé existant entre Eglise et modernité, dans le champ de l’esthétique.

Un seul regret : que malgré la pluridisciplinarité annoncée, un seul théologien, retraité de surcroît, ait participé aux travaux : l’Allemagne ne manque pourtant pas de théologiens universitaires et d’historiens de l’Eglise, y compris dans le domaine de l’image et de l’esthétique.

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