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Bibliothèque (1990-2016)

L’Eglise et les arts.

Vingt siècles d’architecture et de peinture chrétiennes

Auteur : Juan PLAZAOLA

Cette intéressante étude sur 20 siècles d’art chrétien, regroupée en deux sections (architecture pp. 15-106, et arts figuratifs, pp. 107-224), est publiée en deux versions : une version « livre d’art », avec une abondante iconographie de très grande qualité, et une version « poche », où n’est imprimé que le texte. C’est dire qu’il y a deux entrées possibles dans cette étude, une entrée iconographique et une entrée textuelle. Les deux sont de qualité.

L’auteur, jésuite espagnol, nous fait non seulement part de sa grande culture artistique. Il nous fait aussi découvrir des exemples peu connus de l’art espagnol (églises romandes ou pré-romandes des Asturies, de Castille ou de Leon) ou sud américain (façade de l’église de l’hôpital de Belén, Cajamarca, Pérou), ou d’ailleurs (une tête de Christ imberbe du IVe s., provenant d’un pavement d’un villa romaine anglaise ; des exemples d’un art wisigoth). On trouve aussi quelques exemples d’un art chrétien - ou de ce qu’il en reste- en Orient (Turquie, Istanbul ; Syrie, Egypte). Enfin un livre qui ne se contente pas de montrer et commenter toujours les mêmes exemples que l’on retrouve d’une publication à une autre !
Relevons d’emblée les limites de cette étude, avant d’en vanter les qualités : - « l’Eglise » au singulier est évidemment irritant, et on cherchera en vain des expressions d’art en contexte protestant. La période de la Réforme est tout simplement oubliée, aussi bien en ce qui concerne l’iconoclasme, que par rapport aux créations artistiques. L’art contemporain est réduit à la portion congrue ; celui de la fin du 20e-début 21e inexistant. De nombreuses citations, mais les sources ne sont pas indiquées. Il manque souvent les dates des œuvres commentées et reproduites. Enfin, point de bibliographie. C’est dommage, car l’ouvrage est plus qu’un simple livre de vulgarisation.

Mais ces faiblesses n’enlèvent rien à la qualité de l’ouvrage. Esthétique d’abord : des reproductions très soignées et de grande qualité, nombreuses, parfois pleines-pages. Sur le plan du contenu : un texte soutenu et clair, avec parfois de thèses osées (par exemple, pp. 225-231, une dénonciation des timidités et erreurs de la hiérarchie romaine, dans son accueil de l’art contemporain). Des commentaires rapides mais rigoureux sous les reproductions, qui permettent une première lecture à la fois visuelle et documentée de l’œuvre, avant d’aborder le texte. Et surtout, quatre introductions thématiques qui problématisent bien le sujet, sur les questions suivantes :

- L’art et la Révélation (pp. 8-9) : les relations, apparemment contradictoires, entre un Dieu qui se révèle dans la Bible sans images, et la richesse de l’art chrétien postérieur.
- Les ambiguïtés de la notion « d’art sacré » (pp. 9-13) : on a sans doute ici une des synthèses les plus documentées et les plus clairement expliquées des différentes notions (souvent contradictoires) du mot « sacré » et de son application à l’art.
- L’Eglise et ses lieux de culte (pp. 15-16) : les origines bibliques (à vrai dire plutôt absentes) de la notion de lieu de culte.
- La relation de l’Eglise avec les images (pp. 17-19) : l’a. insiste sur la pensée aniconique (voire iconophobe) des Pères de l’Eglise, et distingue bien l’image de l’icône.

L’ouvrage ne se contente pas de montrer et de commenter la diversité des styles architecturaux et picturaux dans l’espace et le temps, mais il propose aussi une thèse, qui est la suivante : l’art chrétien est - et c’est ce qui explique son extrême diversité voire sa contradiction interne - traversé par deux tendances contradictoires, mais qui ont réussi à s’articuler l’une à l’autre : l’immanence, avec pour support l’image et la représentation ; et la transcendance, avec pour support le signe, le symbole, l’espace. La première témoigne du sensible, de la sensibilité, du corps humain, la seconde de l’esprit et de la raison. Les excès de ces deux lignes sont « l’humanisme néo païen et sensualiste » pour la première, l’iconoclasme pour la seconde.

Jérôme COTTIN