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Bibliothèque (1990-2017)

L’art contemporain, un vis-à-vis essentiel pour la foi

Auteur : Jérôme ALEXANDRE

Une deuxième recension de cet ouvrage est disponible en ligne dans la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuse 91, Strasbourg, 2011/1, pp. 116-117.

Les ouvrages étudiant les relations possibles entre le christianisme et l’art contemporain sont si rares que l’on ne peut de prime abord que saluer cette parution : elle vient combler un manque flagrant, au moment même ou, un peu partout, des projets concernant l’art contemporain sous toutes ses formes (expositions, installations, performances, art video, Land Art etc.) ont lieu soit dans des églises (bâtiments), soit en relation avec les Eglises (institutions).

L’a., de part ses relations et sa situation familiale, connaît bien les milieux de l’art contemporain, qu’il fréquente assidument. On ne peut que saluer son regard généreux sur une forme d’art en général dépréciée dans les milieux d’Eglise, qui continuent à privilégier l’art "chrétien", c’est-à-dire l’art produit dans les siècles passés, quand il était au service du christianisme qui était l’un de ses principaux mécènes.

Les conjonctions entre l’art contemporain et le christianisme, l’a. les voit essentiellement à travers les questions existentielles qui traversent l’un et l’autre (le sens de la vie, la mort, la souffrance, la faiblesse, le don, le partage, l’autre, l’humain etc.). Il met aussi en évidence certaines analogies de relation entre les deux démarches, l’expression de la foi et la création artistique. Par exemple, les deux reposent sur un engagement personnel, sur une expérience forte.

Voilà pour le côté stimulant de cet ouvrage. Mais il y a aussi un côté moins convainquant. L’auteur, pris par son enthousiasme à défendre l’art contemporain, en fait une valeur de référence auquel tout, ou presque, doit se soumettre, y compris la foi chrétienne. Du coup, l’art "contemporain" devient un objet de foi ; une référence première et ultime, face à laquelle la foi chrétienne perd toute consistance. Elle devient copie du modèle.

Ou alors, il y a concordisme : l’un et l’autre seraient de même nature, ne seraient que les deux faces d’une même monnaie. Du coup, l’a. donne un statut ontologique à l’art contemporain, alors même que celui-ci s’est précisément libéré de toute ontologie. C’est particulièrement frappant quand l’a. parle des relations entre cet art et "la vérité". Or nous savons que tant dans l’esthétique que dans la philosophie contemporaines il n’y a plus "une" vérité, mais au mieux "des" vérités, autant d’ailleurs que de penseurs ou de créateurs qui expriment en général essentiellement, voire exclusivement leur vérité.

Des exemples de ces confusions et mélanges entre foi et art ? p. 17 : "La rencontre de l’art par la Foi (...) révèle la dynamique interne de la Foi comme artistique et révèle de même la dynamique de l’art comme croyante". Ou encore (p. 42) : "L’art est un allié de la Foi. Les artistes partagent instinctivement cette approche chrétienne présentée ici à grands traits". On pourrait multiplier les exemples de ces analogies fondées sur la confusion entre deux domaines qu’il aurait fallu mieux distinguer et séparer.

On ne comprend pas non plus le besoin qu’a l’a. d’affirmer - contre toute vraisemblance - que les deux Papes (Jean Paul II et Benoit XVI) aimaient et revendiquaient l’art contemporain, y compris dans son côté scandaleux.

Jérôme COTTIN