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Nos réalisations

De sang et d’eau, une exposition de Pascale Courbot (mars 2012)

Eglises luthérienne des Billettes, Paris 4e

Toute personne imprégnée des récits bibliques ne peut pas ne pas
penser à la mort de Jésus, quand « du sang et de l’eau »sortirent de son flanc,
transpercé par la lance d’un soldat romain (Jn 19,34).
L’installation de Pascale Courbot ne nous parle pourtant pas de
souffrance et de mort, mais de joie et de vie.
Telle est l’impression première qui se dégage, tant des colonnes que des
bannières peintes.
Une légèreté aérienne, une fluidité lyrique, une coloration animée se
dégagent de ces réalisations plastiques.
Pourquoi alors « du sang et de l’eau » ? Parce qu’il s’agit de deux
liquides, et de deux liquides humains. Mieux encore, de deux liquides qui non
seulement symbolisent, mais qui sont la vie. Sans l’un et l’autre, pas de vie
humaine et animale (ni même végétale, pour l’eau) sur notre terre.
Dans la Bible, le sang et l’eau, loin de signifier la seule mort de Jésus,
disent la vie dans ce qu’elle a d’unique et d’universel.

JC

Quelques observations faites lors de l’inauguration de l’exposition :

Pour inviter à la réception de l’œuvre de Pascale Courbot, je commencerai par mettre en évidence la notion de déplacement, au double sens du mot : se déplacer, aller du dedans au dehors, du profane au sacré (de l’entrée de l’église au chœur), mais aussi se placer hors de ; en effet, l’artiste a choisi une confession qui n’est pas la sienne (le protestantisme) pour exprimer sa spiritualité chrétienne catholique ; voilà une attitude d’ouverture qui est à souligner.

En ce qui concerne l’œuvre elle-même, je voudrais la qualifier à partir de trois vocables :
- Les couleurs de la joie  : les réalisations de notre artiste sont colorées, avec une dominante de bleus, rouges, roses ; elles expriment donc naturellement la joie. Ici, point de couleurs sombres, tristes, austères. Ces couleurs expriment la spiritualité de leur auteur, faite de méditations, d’exercices spirituels, éloignée de tous drames humains et tragédies de l’histoire (l’auteur a connu de près les événements tragiques de la guerre d’Algérie). Il se s’agit certes pas de nier que l’histoire est tragique, mais d’y répondre autrement, par la joie et la louange. Un illustre artiste a d’ailleurs fait de même : Alfred Manessier ; on le qualifiait parfois de "peintre desl alleluia".
- L’ambivalence des formes : parfois, au milieu de ces couleurs pastels, des visages apparaissent, puis disparaissent. On ne sait pas trop. Les formes, chez Pascale Courbot, sont ambivalentes. Comme l’est aussi son art dans sa fonction : en regardant ces tentures, sommes-nous touristes ou pélerins ? Sont-elles destinées au monde intérieur du croyant, ou au regard extérieur du passant ? (de fait, ses tentures sont parfois exposées sur des murs extérieurs). Cette ambivalence rejoint des expressions fréquemment utilisées par l’artiste qui parle de "dualité" et emploie la métaphore du miroir. Cette dualité est d’ailleurs liée à une interrogation sur la nature même de l’image en contexte de spiritualité : est-elle écran ou fenêtre ? Trace ou signe ? réalité ou reflet ? Sans doute les deux, d’où l’ambivalence, qui est comme une structure qui porte l’expression plastique.
- Le climat christique : Dans l’une des tentures, on perçoit une croix. Là encore, on pensera à Manessier, dont l’art abstrait laisse parfois transparaître des motifs cruciformes (ses deux "Passions selon Saint-Matthieu" par exemple). Nous avons là un signe qui nous dit que cet art est bien pour l’auteur en relation avec le Christ. Mais c’est un Christ qui ne s’impose pas ; il se laisse découvrir. D’où l’expression de "climat christique". L’auteur avoue avoir été repoussée par l’image du Christ crucifié, ce sacrifice sanglant cruel, effrayant, et source de tant d’incompréhensions, à cause de son message volontiers culpabilisant. Son Christ à elle n’est pas non plus celui du dogme de l’Eglise. C’est celui d’une foi découverte personnellement, intimement même, et vécu dans la sincérité et l’authenticité. Cela ne signifie pas non plus que l’auteur se réfugie dans un monde personnel et intime, loin des difficultés du monde. En témoigne son engagement auprès des milieux sociaux défavorisés, sa collaboration avec des artistes issus du monde maghrébin de l’immigration. Pour elle aussi, l’esthétique rejoint l’éthique.

Cette expression d’une foi plus en terme de spiritualité que d’appartenance ecclésiale ou de conviction dogmatique qui est celle de Pascale Courbot correspond d’ailleurs bien à la quête spirituelle du 3e millénaire, à la foi en post-modernité, où c’est d’abord l’individu, libre de toute entrave, qui cherche et rencontre Dieu. Pour notre artiste, ce dialogue se fait par le moyen d’une création artistique généreuse et joyeuse.

Jérôme Cottin,
Professeur à la Faculté de Théologie Protestante
de l’Université de Strasbourg

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Malika Bellaribi et Pascale Courbot
au vernissage de l’exposition

Née à Alger en 1941, Pascale Courbot peint par passion, une passion qui guide sa vie et conduit ses
oeuvres depuis son plus jeune âge.

En 1980, a lieu à Paris sa première exposition personnelle en galerie.
Par la suite, elle exposera aux quatre coins de l’Europe et du monde et recevra en 2006 la distinction de
Chevalier des Arts & des Lettres.

La couleur fait la force de sa peinture, et la lumière qui s’en dégage enveloppe les formes jusqu’à les
dissoudre, sans pour autant nuire à la solidité de la construction.
Sa peinture est faite de transparences, glacis et gommages, où les vibrations de tons se meuvent créant
des effets de lumière enveloppant les contours et leur donnant vie et mouvement.

Pascale COURBOT recherche à travers ses toiles, la communion de soi et de l’Autre.
Pour elle, la création artistique est un mode de connaissance et une quête mystique de l’absolu.

Avec cette exposition « de sang et d’eau » Pascale COURBOT s’approprie la dualité et
l’ambivalence du symbole de l’eau, à la fois source de vie et de mort, purificatrice ou destructrice.
Son installation est elle même dualiste puisque volumes et toiles cohabitent, exprimant l’antagonisme
du sang et de l’eau, mais insinuant en filigrane un lien fusionnel entre les deux, tant dans la vie -
enfantement dans le sang et l’eau - que dans la mort - le sang et l’eau jaillissant du coté du Christ.

Elle salue et célèbre l’avènement de la Nouvelle Alliance véritable re-création née sur et par la Croix.

Bannières 200cm x100cm techniques mixtes sur bidim placées de part et d’autre de l’allée centrale

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Le troisième jour
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De feu et de sang
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D’eau et de lumière
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Nouvelle Alliance

1/ « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux » (Genèse I, VI)

2/ « Alors l’Éternel fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du
soufre et du feu » (Genèse XIX, 24)

3/ « C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon
amour. » (Marc I, 11)

4/ « le Bien-aimé, en qui nous avons la rédemption par son
sang » (Ephésiens. I,7) ;

colonnes du ciel

h/200cm x diam/30cm - plexiglas - placées dans les niches du coeur

1/ musique des sphères 2/ peuples de la terre 3/ tentation

4/ sentiers des eaux 5/ colombe de paix 6/ mort & résurrection