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Bibliothèque (1990-2016)

Les expositions d’art contemporain dans les lieux de culte.

Auteur : Lara BLANCHY

Cet ouvrage aux dimensions modestes et à la réalisation presque artisanale, mais remarqué par la célèbre revue Art Press, explore un phénomène nouveau et prometteur, et pourtant largement inconnu : les expositions d’art contemporain dans les lieux de culte (abbayes, chapelles, églises, cloîtres, mais aussi temples et synagogues). Il s’agit souvent de lieux de culte désaffectés, qui trouvent, en accueillant des expositions d’art contemporain, une seconde vie. Mais ce peuvent être aussi des lieux encore affectés au culte, et dans ce cas là, on l’imagine aisément, les contraintes sont plus importantes, la liberté d’exposition moins grande.

Quels sont ces principaux lieux ? Pour les édifices qui ne sont plus affectés au culte, il faut signaler les abbayes de Beaulieu-en-Rouerge, Maubuisson dans le Val d’Oise, Montmajour à Arles ; les chapelles Saint-Louis de l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, Saint-Jacques de Saint-Gaudens, la synagogue de Delme, l’église Sainte-Anne à Montpellier. Pour les lieux cultuels, l’Eglise Saint-Eustache, et le couvent des Petits-Augustins à Paris, l’église (luthérienne) Saint-Pierre le Jeune à Strasbourg, ainsi que de nombreuses petites chapelles bretonnes participant à la manifestation annuelle, "l’art dans les chapelles- art contemporain et patrimoine religieux", accueillant chaque année en été des artistes contemporains reconnus.

Ces initiatives témoignent d’un véritable dialogue entre l’art contemporain et la spiritualité du lieu. C’est ce que souligne l’auteur, qui manifestement connaît bien les nouvelles tendances de l’art d’aujourd’hui : art vidéo, installations, performances, mise en valeur de la matière, recherches photographiques etc. Il faut préciser que la quasi-totalité de cet art contemporain n’a rien de chrétien ni même de religieux. Il est en général éloigné de toute problématique religieuse. Mais en s’exposant dans des lieux qui ne sont pas neutres, il entre forcément en dialogue avec l’esprit du lieu, et donc avec la spiritualité chrétienne. Il acquiert une dimension seconde, en général non voulue par les artistes au départ, mais incontestable. Mais l’inverse est aussi vrai : ces bâtiments religieux anciens, désaffectés, tombant parfois en ruine, reprennent vie, retrouvent une nouvelle jeunesse au contact de l’art contemporain. Parfois, ces expositions sont l’occasion de permettre une rénovation de ces bâtiment voire - cas fort rare - une réaffectation cultuelle. On passe alors du culturel au cultuel, alors que c’est en général la tendance inverse que l’on observe. Ainsi chaque mode d’expression - l’art et le christianisme, l’époque contemporaine et l’époque ancienne - change au contact de l’autre. C’est bien là le signe qu’un véritable dialogue a eu lieu.

Mais il y a plus. Une autre dimension a été évoquée par l’auteur, qui mériterait d’être approfondie : malgré l’écart des siècles, la transformation du langage et des techniques artistiques, le déclin de la pratique religieuse et le changement de fonction de l’art (qui n’a plus pour rôle de transmettre les vérités de la foi), il y aurait bien des connivences profondes entre l’art contemporain et la spiritualité chrétienne, dans ce qu’elle a de plus authentique. Il suffit de citer, par exemple, la proximité entre les formes architectures sobres et dépouillées de l’architecture romane, et l’art minimaliste de nombreuses créations contemporaines (monochromes, arte povera, art arbstrait...).

On regretta toutefois une culture théologique assez sommaire de l’a. : ses références se limitent à quelques rares ouvrages publiés en français sur ce thème, qui sont cités sans guère de recul critique ou mise en perspective. Pas d’allusion à l’abondante littérature étrangère et aux actions des Eglises non catholiques sur ces questions (en Allemagne, la réaffectation culturelle des anciens édifices cultuels protestants et catholiques est un thème de réflexion et d’action majeur depuis une dizaine d’années). Mais l’ouvrage a le mérite d’attirer l’attention sur un espace de dialogue et de créativité qui ne peut que s’élargir.

JC