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Bibliothèque (1990-2017)

La beauté selon Saint Augustin

Auteur : Jean-Michel FONTANIER

Cet ouvrage, remarquablement bien écrit mais assez technique, est une version abrégée d’une thèse de Doctorat soutenue à la Sorbonne en 1995 sous le titre « De pulchro et apto », qui reprend le titre d’un traité perdu, que l’on ne connaît que par ce qu’Augustin en a dit vingt an plus tard. Les références latines sont nombreuses dans l’ouvrage, dont les citations latines sont malheureusement souvent non traduites. Mais l’ouvrage compte à la fin un « petit lexique augustinien » fort utile dans la mesure où toute la première partie de l’ouvrage s’attache à décortiquer sémantiquement des notions proprement augustiniennes comme « species », « forma », « decus », « harmonia », « aequilitas », « integritas ».

L’a. montre l’importance de l’esthétique augustinienne qui demeura jusqu’au XVIIIe siècle la références des esthétiques dites « objectives », et la situe dans la continuité des esthétiques antiques de Polyclète et Plotin, tout en montrant la particularité de la pensée de l’évèque d’Hippone. Pour Platon en effet, est beau « ce dont la convenance parfaite s’exprime en l’harmonie d’une configuration, en l’éclat de son unité » (p.42).

Ce sont les chapitres 4, 5 et 6 qui intéresseront le plus le théologien, dans la mesure où l’a. traite de « la beauté de l’âme et du corps », de « la beauté de Dieu » et de « la beauté du Christ ». Après avoir posé comme principe que la beauté du corps est fugace et vaine, Augustin s’extasie sur la beauté de l’âme qu’il scute à la fois philosophiquement et bibliquement. Il pose ainsi le fondement d’une anthropologie dualiste qui façonnera hélas durablement le christianisme.

Le calviniste sera particulièrement intéressé par le chapitre 5 sur « la beauté de Dieu », dont on retrouve des accents chez Calvin : la beauté n’est pas un transcendental conduisant à Dieu comme chez Plotin, mais elle est une définition même de Dieu, l’un de ses noms propres ; « ta grandeur et ta beauté, c’est toi-même » peut-on lire dans les Confessions, dont on connaît l’autre cri augustinien : Dieu est « pulchritudo pulchrorum omnium », beauté de toutes les beautés. Concernant le Christ, Augustin adopte une via media entre le Christ laid de Tertullien et le beau Christ de Jérôme : le Christ augustinien est à la fois beau et laid, sa beauté étant signe de sa divinité, sa laideur signe de son humanité.

Mais c’est sans doute quand il parle des relations entre amour et beauté que Augustin se montre le plus moderne, et le plus « protestant » : sa pensée fait alors de la beauté une sorte de métaphore de la Grâce comme il l’exprime dans son dixième traité sur l’Evangile de Jean : le Christ « le seul à être parfaitement beau, nous a aimé jusque dans notre laideur, afin de nous rendre plus beau ».

On résumera la philosophie esthétique d’Augustin par cet impératif central : solo Deo fruendum : seule la Beauté de Dieu, immuable et éternelle, doit être aimée pour elle-même ; les beautés muables ne sont aimables que comme signes de la Beauté première.