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Coups de cœur

Witkin : enfer et ciel / Heaven or Hell (printemps 2012)

Exposition à la Bibliothèque nationale de France, Paris

L’œuvre de Witkin est complexe et déroutante ; elle peut être ressentie comme provocante ; elle multipliant par ailleurs les références de tous ordres, tant philosophiques, littéraires, qu’artistiques et bibliques. C’est pourquoi nous présentons ci-dessous un texte qui aidera à sa compréhension, sinon à sa réception.

- Catalogue de l’exposition
- Rencontre avec Joel-Peter Witkin

Nous présentons aussi quelques photos (cliquer pour un agrandissement) de l’inauguration de l’exposition, le 23 mars 2012

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Joel-Peter Witkin est un très grand photographe américain ; il est également croyant, catholique pratiquant. Son art est comme une confession au Christ et à la réalité de la Résurrection. Witkin : « Il y a toujours une dimension spirituelle dans mes œuvres ».
Pourtant ses œuvres, magistralement exposées à la Bibliothèque Nationale de France à Paris, montrent essentiellement des scènes de violence, des corps abîmés, de l’érotisme, des cadavres d’animaux. Il y a comme une énigme, entre la foi exprimée par l’artiste, et ce qu’il montre. Comment l’expliquer ?

- 1. Ses motifs sont retravaillés de telle manière qu’au final, c’est autre chose qui est montré. Witkin compose ses photographies comme des tableaux, et les travaille comme des gravures. Le résultat est saisissant : la violence est transfigurée, le mal disparaît ; seul reste l’humain face à ses rêves, ses fantasmes et ses désirs, pris entre ces deux tensions contradictoires que sont l’amour (le désir sexuel) et la mort. On pourrait voir dans ces photos comme la métaphore d’une résurrection de la chair : ce qui est mort prend subitement vie, par le truchement d’un travail très soigné sur la matière artistique qui est d’abord pour l’artiste le support photographique. Le vrai corps, la vrai peau, c’est le médium photographique lui-même.

- 2. Il y a ensuite le fait que les photographies de Witkin sont truffées de références iconographiques à des gravures, peintures et photographies anciennes. Ce sont de vrais tableaux historiques. Parmi ces références, principalement des sujets mythologiques et bibliques. L’exposition montre bien ce second aspect, en ce qu’elle met en regard des photographies de l’artiste américain et des gravures anciennes, dont les sujets sont à peu près identiques.

- 3. On notera enfin la prédilection de l’artiste pour la représentation de corps nus, mais de corps nus abîmés : corps de handicapés, nains, difformes, personnes aux membres amputés, accidentés de la vie. Il y a là une métaphore du Christ, dont l’acte d’amour suprême pour l’humanité réside dans une vision d’horreur, le supplice sur la croix. Ce n’est pas de la cruauté ou du voyeurisme, mais l’inverse : Le Christ en croix, comme les photographies de Wirkin (qui comportent un certain nombre de crucifix ou crucifiés) est comme un signe, qui désigne ceux qui l’on ne veut pas voir, et que l’artiste élève ici au rang d’icônes, en une inversion plastique lourd d’un sens théologique : le laid devient beau (le serviteur souffrant d’Isaïe), le mal bien (la croix) , la folie sagesse (St-Paul), la mort se métamorphose en vie (la résurrection).

- Pour terminer, laissons la parole à l’artiste, qui résume bien quel pourrait être aujourd’hui la fonction non seulement esthétique mais aussi consolatrice de l’art : "Nous vivons une époque très sombre. La plupart des gens sont sans espoir dans ce monde où l’argent est devenu le Dieu unique. L’argent a remplacé l’amour et la communication [...]. Mon travail montre que nous pouvons trouver de l’espoir en nous-mêmes. Il y a toujours une dimension spirituelle dans mes œuvres. Il s’agit toujours de morale, de ce besoin de discerner ce qui est bien dans un monde où les valeurs morales sont en chute libre" (Chroniques de la BnF, n°62 (2012), p. 17).

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Jérôme Cottin