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Bibliothèque (1990-2017)

Vincent van Gogh, jusqu’au dernier soleil

Auteurs : Claude-Henri ROCQUET

Un livre sur la spiritualité du peintre hollandais qui fut, on le sait, évangéliste, ne peut laisser indifférent. Dans l’esprit de la collection « un certain regard », ce commentaire se veut poétique et spirituel autant qu’historique et esthétique. L’a., du reste, est poète, dramaturge et comédien autant qu’esthète. Ce parti pris a les qualités de ses inconvénients : un texte poétiquement soutenu, d’une pertinence et lucidité parfois exceptionnelle ; mais à certaines occasions le commentaire emmène le lecteur un peu trop loin, dans une spiritualité catholique de l’imitatio Christi qui n’était pas forcément celle du peintre protestant.

L’a. nous propose quelques lectures de tableaux d’une grande pertinence : La nature morte à la Bible (1885) dans laquelle il voit les retrouvailles du père-pasteur récemment mort et du fils peintre ; Le fauteuil de Gauguin (1888) qui traduit l’absence du peintre ami par la présence d’objets symboliques forts ; ainsi que les tableaux bibliques du peintre, qui sont des réinterprétations d’autres peintures : La résurrection de Lazare (1880) s’inspire d’une gravure de Rembrandt tandis que la Pietà (1889), seul tableau où Van Gogh ait représenté le Christ, s’inspire de Delacroix. En revanche le commentaire de L’église d’Auvers (1890) est décevant, tellement l’a. projette dans cette œuvre des éléments que l’œil ne saurait voir.

L’a. montre à quel point les œuvres du peintre sont l’expression d’une autobiographie spirituelle : ses soleils - expression de la lumière qui brille dans les ténèbres - ainsi qu’un certain nombre d’objets quelconques (chaussures, livres, chaise, bougies éteinte) mais aussi les personnages des Evangiles (Lazare, le Christ mort, le blessé de la parabole du bon samaritain) dans lesquels l’a. voit peut-être un peu rapidement des autoportraits du peintre.

L’ouvrage fourmille de citations (malheureusement, sans les références) du peintre relatives à sa compréhension de Dieu, son rapport à la Bible, sa mission auprès des pauvres et son ministère de porteur de la Parole. On retiendra celle dans laquelle Van Gogh compare le Christ à un artiste : « Le Christ a vécu sereinement, en artiste plus grand que tous les artistes, dédaignant et le marbre et l’argile et la couleur, travaillant en chair vivante ».

Et puis ce fait intéressant, sur lequel l’a. s’arrête, et qui pourrait expliquer la souffrance inguérissable du peintre : il est né un an jour pour jour après la mort d’un frère ainé, qui s’appelait aussi Vincent. La mort du premier a ainsi permis au second de vivre ; n’aurait-on pas dans cette relation mort-vie non expliquée une explication de la maladie mentale, puis du suicide du peintre ?

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