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Bibliothèque (1990-2017)

Les peintres et le vitrail

Vitraux français contemporains : 2000-2015

Jean-François LAGIER et le Centre international du vitrail

Voilà un ouvrage d’une qualité esthétique exceptionnelle, qui bénéficia de nombreuses subventions (ceci explique cela).
Le Centre international du vitrail de Chartres poursuit ses publications sur les vitraux contemporains (après un ouvrage sur les vitraux du XXe des églises et cathédrales françaises, puis les vitraux contemporains en Allemagne).
Ici, 24 artistes, qui ne sont pas des maîtres verriers, ont reçu des commandes (entre 2000 et 2015) pour des réalisations de vitraux, en général dans des églises, mais aussi chapelles, prieurés, cathédrales, chapelle de collège, et même une tour médiévale. La plupart des réalisations se trouvent en France, mais on en compte deux en Belgique et deux en Suisse (le sous-titre n’est donc pas exact !).
Les artistes ont en général déjà travaillé pour des programmes religieux, et certains ont une certaine renommée (les deux plus connus, Arcabas et Kim En Joong sont aussi, à notre avis, les moins intéressants ; trop traditionnel pour le premier ; trop répétitif pour le second).
Certains artistes ont réussi des vitraux d’une extrême modernité et d’une grande originalité : sans que cela soit exclusif, citons Ann-Véronica Janssens pour la chapelle romane de Grignan dans la Drôme (2013) ; Rémy Hysbergue pour l’église romane (désaffectée) de Melle (2012), Gottfried Honegger pour la cathédrale Saint-Paul de Liège (2014), Udo Zembok pour la tour médiévale "Inghelburgtoren" de Courtrai (2013), Bernard Piffaretti pour l’église Saint-Martin de Harfleur (2012).

On sera frappé par un certain nombre de déplacements par rapport aux vitraux de la génération précédente (les années 1960-1990) : tout d’abord, la quasi disparition des barlotières et des plombs qui sertissaient les morceaux de verre. Des techniques nouvelles permettent maintenant de fixer de plus grandes surface de verre, de le travailler pour lui-même en tant que matériau plastique signifiant, sans qu’il soit porté par une structure de fer. Par ailleurs, les thèmes figuratifs disparaissent également. Sur 24 réalisation deux ou trois utilisent des figures et des thèmes iconographiques reconnaissables. Ironie du sort, c’est dans le temple réformé de Martigny, dans le valais, que l’on trouve l’ensemble le plus figuratif. Un comble, si l’on pense que nous sommes dans la seule confession chrétienne (en principe) aniconique.

La qualité de ces programmes artistiques dans des lieux religieux s’explique par la possibilité en France - ce qui est à souligner vu notre contexte de laïcité - de financer généreusement de tels programmes dans des églises. Ce qui fait que s’il est une technique qui peut véritablement se targuer de la qualité d’être l’expression d’un art contemporain religieux - à la fois vraiment contemporain, vraiment de l’art et vraiment religieux - , c’est bien celle du vitrail.

Jérôme Cottin