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Art contemporain dans les églises

La chapelle de "Frère Nicolas" (2007)

une chapelle mystique contemporaine dans un champ, pour la méditation

Architecte : Peter ZUMTHOR

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Vu de l’arrière, il s’agit d’un cube
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Une structure à 5 côtés

La « chapelle de campagne », (Feld Kapelle), ou « chapelle de Frère Nicolas » (Bruder Klaus Kapelle), a été construite entre 2005 et 2007 par l’architecte suisse Peter Zumthor (celui a construit l’extraordinaire Kolomba Museum à Cologne).

Cette construction, financée et entretenue par des donateurs privés, veut inciter le visiteur (ou pèlerin) à faire une expérience mystique chrétienne contemporaine. Elle a été construite en mémoire du mystique chrétien Nicolas de Flue (1417-1487).

1. Nicolas de Flue, un "mystique politique"

Nicolas de Flue est né en 1417 dans la municipalité de Flueli dans le canton d’Unterwald. Il est le fils de Heinrich von Flue et Hemma von Ruobert, paysans aisés. Il mène initialement une vie de modestie, pieusement identique à celle des paysans de sa région. Il se distingue ensuite en tant que soldat dans la lutte contre le canton de Zurich, qui s’était rebellé contre la confédération. Vers l’âge de 30 ans, il épouse Dorothy Wiss, la fille d’un fermier, avec laquelle il a cinq fils et cinq filles, qu’il entretient avec aisance, grâce à son travail acharné.
Après avoir reçu une vision mystique il décide de se consacrer entièrement à la vie contemplative. En 1467, il quitte sa famille avec le consentement de sa femme, et s’installe comme ermite à Ranft en Suisse, tout en établissant une chapelle sur ses fonds propres.
On le qualifie de « mystique politique », car Nicolas intervient au cours de la diète de Stans en 1481 qui résulte des guerres de Bourgogne et où des conflits apparaissent. Un des témoins du Convenant, Heini am Grund, va chercher auprès de Nicolas de Flue un message dont le contenu exact demeure inconnu mais qui établit les bases d’un compromis juridique qui règle pacifiquement la situation.

2. L’invitation à l’expérience mystique

- Le symbole de la roue de Nicolas de Flues

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Le signe de méditation de Frère Nicolas en forme de roue

Frère Nicolas l’expliquait ainsi : Dieu sort de son secret intérieur, et se donne à connaître en tant que Père, Fils et Saint-Esprit. Il englobe et pénètre toute la création et se retire à nouveau dans son unité indivise.Le Dieu trinitaire redevient le seul Dieu trine (« Der Dreifaltige Gott wird zum Drei-einen Gott »). C’est aussi un symbole pour la paix.
Il appelait ce symbole « mon livre, afin que j’apprenne et je prie ».

- La prière de Nicolas de Flues

Mein Herr und mein Gott, nimm alles von mir, was mich hindert zu dir
Mein Herr und mein Gott, gib alles mir, was mich fördert zu dir
Mein Herr und mein Gott, nimm mich mir und gib mich ganz zu eingen dir

Mon Seigneur et mon Dieu, ôte de moi tout ce qui me sépare de Toi,
Mon Seigneur et mon Dieu, donne moi tout ce qui m’attire à toi,
Mon Seigneur et mon Dieu, dépossède moi de moi et donne moi tout entier à toi.

3. Visite de la chapelle

En découvrant la chapelle, on fait une expérience à la fois esthétique et mystique, intérieure et extérieure, religieuse et écologique (intégration dans un milieu naturel habité, mais aussi cultivé et préservé par l’homme).

- L’extérieur

Vue de face ou de côté, la chapelle se présente comme un volume à 5 faces, vu de l’arrière comme un cube. Elle est fabriqué par un béton très simple, qui laisse apparaître différents coloris de sables des environs, ainsi que des galets pris dans les rivières de l’Eifel. Un rebord, du même matériau, intégré à l’édifice, peut servir de banc, et permettre de contempler, à partir de l’édifice, la campagne environnante.
On voit les différents niveaux de coffrage du béton, fait par bandes horizontales, jusqu’à atteindre 12 mètres (hauteur du bâtiment).

- La porte (passage extérieur/intérieur et intérieur/extérieur :

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La porte en triangle et en acier pointe vers le haut
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Ouverture de la porte
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La porte fait signe vers le haut

Elle marque le passage de l’extérieur à l’intérieur (et vice-versa) : c’est déjà en soi une expérience, vu la forme triangulaire de la porte, son matériau (acier), le contraste entre sa lourdeur, son épaisseur et le fait qu’on peut l’ouvrir et la fermer facilement. Quand on est à l’intérieur, on voit que la porte laisse passer un triangle de lumière. Elément utilitaire essentiel au bâtiment, la porte est en même temps un signe : le haut se présente comme une flèche, qui pointe vers la croix, discrètement posée au dessus d’elle.

L’intérieur :

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le regard est attiré vers le puits de lumière
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Les parois intérieurs forment une tente
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350 bouchons de verre sur les parois laissent filtrer la lumière
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Eblouissement, vers le haut

Il est d’abord marqué par l’obscurité et l’étroitesse des proportions et des dimensions ; on est attiré vers le puits de lumière sommital et l’élargissement de l’espace intérieur. Les parois intérieurs sont inclinées vers l’intérieur, comme si l’on était à l’intérieur d’une tente. Les murs de béton portent, à l’intérieur, les traces des 120 troncs d’épicéas utilisés pour le coffrage-décoffrage du béton.
On a ensuite brûlé les troncs par une combustion lente, (selon la technique des charbonniers) afin de pouvoir ensuite les détacher du béton ; le béton garde les trace de ce feu, ainsi que des troncs, dans la mesure où il s’est coulé entre eux.
Les 350 bouchons en verre servent à boucher les trous qui servaient aux tiges en fer pour le compactage du béton. Mais elle même temps, elles apportent des éclats de lumière, et peuvent symboliser les astres de la voûte céleste.
Le sol est fait d’un mélange de zinc et de plomb ; il a été fait en versant le liquide fondu sur place à la louche (ce qui explique les légères irrégularités).

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le puits de lumière sommital est en forme de goutte d’eau
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La porte triangulaire est entourée d’un triangle de lumière

- Les signes :

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Détail d’un bouchon de verre et du décoffrage
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Bougies et invitation à la méditation
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Le haut de la porte fait signe vers la croix

Nous avons repéré pas moins de 7 éléments architecturaux ou « décoratifs » qui font signe, qui sont porteur d’un symbolisme profond, ancré dans la tradition chrétienne et mystique.
1. Le triangle de la porte : il symbolise la trinité ; mais aussi le mouvement ascendant (il ne s’agit pas d’un triangle isocèle).
2. Le discrète croix de St-André (les 4 branches sont égales) au dessus de la porte) : fragile, à peine perceptible, elle ne s’impose aucunement. Il faut la chercher pour la trouver.
3. La roue de méditation de Frère Nicolas : elle est située en hauteur, à peine visible. Voir le commentaire ci-dessus
4. Une statue contemporaine de Frère Nicolas : réalisée par le sculpteur Hans Josepehson (1920-2012) ; elle peut symboliser tout être humain en quête de Dieu.
5. Les 350 bouchons de verre : Ils apportent de la lumière dans l’édifice qui n’est éclairé que par la lumière naturelle extérieure. Elles sont comme autant d’étoiles qui scintillent et font penser à la voûte céleste.
6. L’ouverture sommitale : elle évoque une « goutte d’eau », qui signifie à la fois la pluie nécessaire à la création, à l’agriculture (et qui pénètre à l’intérieur du bâtiment), mais aussi l’eau du baptême qui régénère de l’intérieur le croyant qui le reçoit.
7. Les bougies : elles invitent le visiteur-spectateur à la méditation, en lui suggérant de faire un geste individuel et personnel.

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Des marcheurs se dirigeant vers la chapelle

Jérôme Cottin