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Bibliothèque (1990-2016)

Handfestes Christentum

Eine kleine Kunstgeschichte christlicher Gesten

Auteur : Klaas HUIZIG

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Ce genre d’ouvrage, un essai littéraire mêlant histoire de l’art, philosophie et théologie protestante aurait du mal à exister en francophonie. Tout simplement parce que la culture et l’histoire - en France tout au moins - ne sont ni profondément ni durablement marqués par la théologie protestante. Par ailleurs il n’y aurait guère de public chez nous pour ce type de littérature.

L’a. cherche les effets - ou au contraire les impulsions - d’une théologie de la Parole dans des œuvres d’art et courants artistiques qui ont durablement marqué la culture allemande. Pas étonnant donc qu’il parte de trois œuvres protestantes populaires : les mains en prière de Dürer, une gravure biblique de Schnorr von Carolsfeld (1860), et un Christ bénissant de Bertel Thorvaldsen (1839). Ce type d’œuvres, reproduites à l’infini sur différents supports, a traversé des générations de croyants ou tout simplement d’Allemands.

L’a. est parti de ce constant pour remarquer que certains gestes, dans un art fortement marqué par le protestantisme, sont théologiquement signifiants, et il en étudie la signification. On ne s’étonnera pas que le corpus choisi soit très allemand et/ou protestant : Dürer, Rembrandt, Friedrich, les Nazaréens, Marc, Mondrian. On s’étonnera en revanche de la place accordée à deux "non religieux" radicaux : Picasso et Bacon, qui proviennent de surcroît d’une culture toute à fait différente, ainsi que de l’absence de quelques autres, dont la peinture est biblique et kérygmatique : Cranach et Van Gogh (on aurait aussi attendu quelques Suisses allemands, en part. Hodler, Füssli et Anker).

Particulièrement intéressant est le chapitre sur Kaspar David Friedrich (pp. 52-66), en ce que l’auteur cherche à comprendre les correspondances entre l’artiste romantique de Greifswald et le théologien berlinois Schleiermacher.

Théologiquement, cet ouvrage aux dimensions modestes témoigne d’un (nouvel) intérêt de la théologie - y compris kérygmatique - pour la culture. Le style de l’ouvrage est simple et vivant ; l’a. nous fait toutefois partager de nombreux souvenirs personnels qui peuvent plaire à un certain public, mais déconcentrent le lecteur qui ne sait parfois plus s’il s’agit d’un récit autobiographique, ou d’une étude historique, artistique et théologique.

Jérôme Cottin