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Bibliothèque (1990-2016)

La mystique de l’art

Art et christianisme de 1900 à nos jours

Auteur : Jérôme COTTIN

- Pour un article plus développé sur ce travail
- Article dans le quotidien "La croix"
- Recension italienne de cet ouvrage
- Recension allemande de cet ouvrage

Cette publication est une partie d’une Habilitation à Diriger des Recherches, soutenue en novembre 2006 à l’université Marc Bloch de Strasbourg, et le résultat de 14 années de recherche sur ce thème peu travaillé : les relations entre l’esthétique, sous sa forme contemporaine, la théologie chrétienne et les Eglises. Elle fait le point sur plus de cent années d’un dialogue difficile mais néanmoins fécond entre le christianisme et le monde des artistes.

Avec l’avant-garde artistique du début du 20e siècle, les artistes s’émancipèrent des codes esthétiques liés à l’iconographie chrétienne traditionnelle. Ils furent pour cela souvent dénoncés ou rejetés par les Eglises (catholique en France, luthérienne en Allemagne). Leurs réalisations étaient pourtant marquées par une quête spirituelle, certes indépendante des Eglises, mais fortement marquée par la tradition chrétienne et la mémoire des récits bibliques (l’expressionnisme allemand, Nolde, Kandinsky, Jawlensky).

La seconde moitié du 20e siècle voit la disparition quasi-complète des thèmes chrétiens dans l’art, mais aussi le développement d’un art abstrait et gestuel qui n’est pas sans relations avec une certaine mystique juive (Rothko, Newman) ou chrétienne (Le Corbusier, Chillida). Enfin - mais ce fut l’exception - certains parmi les plus grands artistes n’en furent pas moins des croyants convaincus, et leur art est fortement marqué par leur quête de Dieu et leur lecture de la Bible (Chagall, Rouault, Manessier, Gleizes, Sutherland). D’autres, inspirés par des thèmes chrétiens, étaient au contraire des athées militants (Picasso, Grosz, Bacon, Hrdlicka). Les thèmes religieux dans l’art n’échappent donc pas au conflit des interprétations. Une herméneutique de l’œuvre d’art est alors nécessaire, si l’on veut aborder cet art non seulement sous le seul angle esthétique, mais sur celui de son rapport au religieux.

La fin du 20e siècle et le début du 21e voient un tournant dans les rapports entre l’art et le christianisme. Tandis que l’art de la post-modernité aborde cette relation sous l’angle du détournement, de la nostalgie, de la dérision et du second degré, un nouveau désir de spiritualité chrétienne ou plus globalement "religieuse", se fait jour chez certains artistes, en particulier en Asie et dans les milieux anglophones.

L’ouvrage, qui comprend 10 chapitres, est structuré en trois parties : - Une traversée du 20e siècle. - Ce qui reste du christianisme dans la culture actuelle. - L’art en contexte d’Eglise. La perspective d’étude est tantôt large, avec des chapitres consacrés à une thématique artistique (l’iconoclasme esthétique, les dé-figurations du Christ, l’art militant, les emprunts chrétiens dans l’art actuel), tantôt concentrée autour d’un artiste (Rainer, Reuter), d’un pays (Corée du Sud), d’un théologien (Paul, Calvin, Edwards, Tillich).

315 artistes sont cités, 127 œuvres sont reproduites en quadrichromie, ce qui a nécessité de longues négociations concernant les droits, parfois coûteux, de reproduction des œuvres. Sans l’aide généreuse de plusieures institutions et Fondations, la publication de cet ouvrage n’aurait pas été possible. Une bibliographie de 40 pages rassemble les principaux titres publiés en 4 langues sur cette question ; l’on remarquera que les pays anglophones et germaniques sont très nettement en avance sur la francophonie en ce qui concerne l’étude des relations entre l’art contemporain et le christianisme.

L’étude de ce thème semble nécessaire à une époque où les figures et symboles du christianisme continuent à intéresser la création artistique et où, dans les Eglises, l’on commence à jeter les bases d’une nouvelle "théologie de la culture".